LA VERITE SORT DE LA BOUCHE DES ENFANTS, C’EST MOINS MIGNON CHEZ LES GRANDS…
On m’a endoctrinée dès le plus jeune âge: “c’est très vilain de mentir !”. J’ai poussé en entendant les adultes se gargariser de l’importance de la franchise, de la sincérité, des vraies valeurs, quoi. Prendre le parti de la vérité, c’est choisir le chemin abrupt, celui qui mène à une vie honnête, juste et qui fait mal aux pattes, c’est aussi le sésame de toute relation réussie… Et j’y ai cru.
Et j’ai mis en pratique. La collègue à qui j’ai gentiment offert un déo, ma meilleure amie que j’ai eu la prévenance d’informer que son mec lui sculptait de magnifiques cornes, ma belle-sœur qui m’a harcelé pour que je donne mon avis sur sa frange et qui a apparemment une dent contre Jeanne d’Arc, Maman qui s’est étonnée de mes vacances au Maroc pile la semaine de Noël, le collègue sur un siège éjectable qui m’a demandé le regard mouillé si j’avais entendu des bruits à son sujet, le pote qui a insisté pour avoir mon avis sur son spectacle (3 heures de poésie de Ronsard dans une maison de retraite), mon futur-ex qui a insisté pour savoir si j’avais joui …
La liste est longue. Alors oui, j’étais droite dans mes bottes, mon regard pur fièrement rivé sur l’horizon, mais quand j’ai jeté un petit coup d’œil périphérique, j’ai réalisé que j’étais un poil seule.
C’est une ancienne franche qui vous le dit, mentez, inventez, embellissez mes frères !
Regardez, moi j’y ai gagné plein de potes, des relations harmonieuses avec tout le monde – enfin tous les gens intelligents - et je suis invitée à tous les brainstormings grâce à mon potentiel créativité archi-boosté.
Alors oui, depuis je mens effrontément à tous les vents. Sauf à toi lecteur, parce qu’à toi je sais que je peux tout dire et … tu vois je me laisse emporter. Si j’écris ici aujourd’hui, c’est pour dire à tous ceux qui souffrent du même syndrome que moi, qu’il y a de l’espoir. Evidemment, les débuts seront pénibles, votre bouche refusera d’articuler un compliment immérité, vos yeux fuiront lâchement le regard de votre interlocuteur, votre estomac vous communiquera en morse en quelques spasmes tout le mal qu’il pense de votre nouveau moi. Et puis un jour, vous y prendrez goût, vous comprendrez que tout ça n’est qu’un jeu et plus rien ne vous arrêtera, simuler, fabuler, créer, un nouveau monde s’ouvrira !
Oh bien sûr j’ai encore des rechutes, en présence de mes proches, mais là j’en cours le risque.
J’ai compris, la franchise est une friandise à ne consommer qu’entre initiés…


