COMME ON FAIT SON LIT, ON SE COUCHE…
Ma petite enfance fut émaillée de don de chevaux, dont je m’abstenais soigneusement de regarder les dents et de pierres roulant sans parvenir à amasser la moindre mousse.
J’ai soigneusement refoulé cet héritage d’une grand-mère indigne. Mais parfois, confrontée à une situation imprévue, une bouffée proverbiale envahit mon esprit. J’entends résonner dans ma tête une petite voix égrenant des vérités absolues d’un ton sentencieux.
A moins que ce ne soit une voix chevrotante et accusatrice ?
La maxime la plus appréciée de mon entourage est sans conteste le « brebis qui bêle perd une goulée », formule apparemment exotique à toute autre personne que moi. Qui n’est finalement rien d’autre qu’un « ta gueule connard » habilement rhabillé par mon ancêtre.
Et là, alors que je fréquente assidûment mon lit depuis 3 semaines, immobilisée après mes exploits en chute libre – elle est libre Daphné, y en a même qui l’ont vu voler – la seule chose qui me vienne à l’esprit, c’est « Comme on fait son lit, on se couche … ».
Je sens l’ombre de l’aïeule maudite s’étendre, elle tend son index crochu vers moi … et je me surprends à culpabiliser. Rien n’arrive jamais par hasard. Pas de fumée sans feu. Si je gis aujourd’hui, c’est forcément que j’ai mal agi.
Je m’égare, cas classique et flagrant de délire. Je suis innocente Votre Honneur. Tant est allée la cruche qu’elle a finit par se briser la cheville, rien de plus. Je me permets de rappeler que l’accusée est également la victime, innocente donc par nature. Nature qui fait bien les choses.
Mais dîtes du mal, il en restera toujours quelque chose … J’ai beau faire, je me sens comme une petite fille prise en faute, même si je n’ai rien fait. Mais même ça, cette oisiveté forcée, n’est-ce pas la mère de tous les vices ?
Mais y penser sans cesse ne labourera pas le champ, pas vrai ? Et puis tant qu’il y a de la vie, et advienne que pourra, na !
Et puis d’abord, je fais jamais mon lit, moi. C’est peut-être pour ça, comme je ne fais pas mon lit, je me couche en kit ?
J’entends la voix, un peu radoucie, elle me susurre que le plaisir et la peine couche dans le même lit…



Dans ton cas j’aurais plutôt dis : “j’ai beau être matinale…” tu connais la suite.
Oui j’ai mal, mais le monde m’appartient !
c’est relatif hein ?…
“Pas de bras… pas de chocolat”… c’est connu
Que d’états d’âme ! Tant de gens rêvent de langueurs alitées, renouvelées, renouvelables, sans pouvoir y accéder jamais ! De prolonger la sensualité du camouflage sous l’édredon des jours entiers ! Du luxe incroyable de REGARDER le temps passer, contemplativement, enthomologiquement, en curieux ! Sans se sentir obligé de le meubler !
N’est-ce pas là une occasion unique de prendre du recul sur la course effrénée des “autres” durant ces mêmes secondes qui passent, en se rappelant lucidement que les “autres” c’est aussi nous… ? Bref une occasion jamais offerte de se regarder soi-même ?
Ceux qui ont la chance de fréquenter de temps en temps ces arrêts intempestifs, hôpitaux et autres, et qui peuvent sentir dans ces moments là cet instant fatal qui s’impose à soi, nous sussurant dans l’épreuve “laisse faire maintenant, regarde juste et laisse faire, plus ton problème, profites-en pour “être”"…
Hein ?
Je doute. Donc je suis …
Seuls ceux qui ont traversé ces épreuves savent de quoi…. ils parlent. N’est-ce pas ?
tu t’en sortiras…”
.grandie.
Fab